Comment se réchauffer l’hiver

Films

Les journées oisives dans des parcs ensoleillés sont désormais des souvenirs ou des espoirs. Aujourd’hui, c’est l’hiver. Quand il fait froid, on a besoin de se réchauffer. Cette sélection de films de l’ONF offre deux moyens pour le faire : se rapprocher de la communauté ou de corps complices.

La communauté

Les raquetteurs, Michel Brault et Gilles Groulx, Office national du film du Canada

Avec Les raquetteurs, Gilles Groulx et Michel Brault inventent le cinéma direct, rien de moins. Pièce d’anthologie, l’œuvre de 14 minutes va bouleverser le monde du cinéma, tout en documentant les traditions de Sherbrookois fêtant l’hiver à leur manière. Un bijou inestimable.

Patinoire , Gilles Carle, Office national du film du Canada

De son coté, Gilles Carle documente avec tendresse les élans d’amitié et de plaisir qui se produisent autour de la Patinoire. Des tableaux presque naïfs d’une saison qu’on apprivoise à coups de patins et de petites chutes. Sinon, on se rassemble, même quand ça dérange. Vendredi – les chars, ce sont les problèmes liés à l’automobile dans une cité enneigée. Si les tas de ferraille nous dérangent sur l’autoroute, on aura quand même le luxe du contact humain, qui permet de s’en plaindre et, idéalement, de s’en sortir.

Vendredi : « Les chars », Jacques Leduc, Office national du film du Canada

La communauté se rassemble également Sur la banquise. Un jeune artiste français, Joseph Kieffer, vient récolter les histoires de pêcheurs rimouskois, alors qu’il veut immortaliser ces histoires sur des girouettes conçues pour l’occasion, qu’il installera sur de petites cabanes des pêcheurs passionnés. Intéressantes dualités : un Français qui cherche à écouter des Québécois qui ne parlent pas tant, question de tailler dans le fer des histoires évaporées dans le temps, et dont la manifestation physique tournera au gré du vent, invisible celui-ci, tant et aussi longtemps que ces installations sont érigées sur un lac qui va éventuellement dégeler. Le temporaire, l’immatériel, des histoires, du vent, une saison qui passe mais qui revient toujours.

Sur la banquise, Stéphane Lahoud, Office national du film du Canada

Comme le riche homme d’affaires incapable de prendre conscience des dommages de sa descente sur les gens sur son chemin dans La course, Kieffer arrive, tel un cheveu sur la soupe. Une bibitte inexplicable.

La course, Gerald Potterton, Office national du film du Canada

Les corps

Par une belle nuit d’hiver, c’est l’histoire de la séduction timide et tendre entre deux jeunes tourtereaux qui se rencontrent autour d’une représentation spontanée de mimes. Les voisins, cependant, ce sont deux vieux amoureux qui se chicanent pour des questions de bière et d’orgueil. Alors qu’on voit les jeunes jouer du harmonica et de la flûte (métaphore de rapprochements impossibles à illustrer à l’époque?), les deux vieux routiers sont beaucoup plus ouverts et ludiques dans la séduction. Pour allumer son épouse, le mari lui éteint la télé. Pour se rapprocher de lui, elle le fuit, l’obligeant à la rattraper. Une dynamique de jeu similaire à celle qu’on retrouve dans les pages de la bande-dessinée Les deuxièmes, de Zviane.

Par une belle nuit d'hiver , Jean Beaudin, Office national du film du Canada

Et sinon, il y a Geneviève, cette jeune fille de dix-sept ans qui accompagne sa meilleure amie au Carnaval de Québec. Dans le train, l’amie lui montre son copain: il ne faut pas y toucher, lui précise-t-elle. À quoi servent des limites sinon d’être transgressées? Parmi les glissades et les promenades, une tension palpable se fait voir dans les yeux des jeunes amis, freinés dans leurs élans par la fidélité et la ville qui les regarde. En robe de chambre transparente devant la lumière éclatante, Geneviève chantera: Il y a toutes sortes de femmes / Celles qui trompent leurs maris / Et celles qui en meurent d’envie. Petit indice sur la suite des choses.

Geneviève, Michel Brault, Office national du film du Canada