De la BD au cinéma d’animation

Films

Entretien avec Zviane, bédéiste et réalisatrice de La pureté de l’enfance

La bande dessinée et l’animation ont beau être des arts « amis », le passage de l’un à l’autre demande tout un travail d’apprentissage et d’adaptation. C’est ce que découvre en ce moment la bédéiste montréalaise Zviane (La plus jolie fin du monde, Apnée), qui fait ses premières armes en tant que réalisatrice. Avec l’animatrice Janet Perlman, elle est en train de donner vie à La pureté de l’enfance, l’un des quatre courts métrages du projet Les chroniques du 9e art, qui réunit des bédéistes et animateurs du Québec et de la France.

Zviane nous raconte comment les astres se sont alignés pour qu’elle fasse « le grand saut » de la BD au cinéma d’animation et ses plus récentes découvertes.


Qu’est-ce qui t’a incitée à te lancer en cinéma d’animation?

J’étais en train de faire mes boîtes pour un déménagement et j’ai découvert une vieille cassette audio de quand j’avais 6 ans. Je l’ai écoutée, j’ai trouvé ça drôle, j’ai vu quelques images et je me suis dit que ce serait drôle de faire un film d’animation avec ça. Mais c’était juste une idée. Le même jour, j’ai reçu un courriel de Marc Bertrand, producteur à l’ONF, qui m’a dit : « Eille, ça te tente-tu de faire un film? » C’est clair que Dieu voulait que je fasse ce film, je ne vois pas d’autre explication.

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La bédéiste Zviane dans son atelier

Quels sont les principaux défis de faire de l’animation, pour une bédéiste?

La grosse grosse grosse différence, c’est que quand je fais de la bande dessinée, je travaille toute seule, et quand je fais un film, je travaille en équipe. Ça a son lot d’avantages et d’inconvénients. Quand je travaille en équipe, il y a plein de personnes qui ajoutent leur talent à mes idées, donc ça donne quelque chose de plus riche! Par contre, quand je suis seule, je peux aller beaucoup plus rapidement et dans des directions vraiment plus bizarres, étant donné que je n’ai pas à avoir l’avis ou l’approbation de personne. C’est très différent!

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Est-ce que ça te demande de repenser complètement ta façon d’imaginer une histoire? Ta façon de la raconter?

On m’a demandé de faire un film qui se rapprochait beaucoup de ce que je faisais déjà en bande dessinée, donc je ne me suis pas trop éloignée. C’est sûr que c’est différent : il y a l’aspect timing, il y a l’aspect « où est le regard du spectateur » (j’ai moins à me poser cette question-là en bande dessinée, puisque le lecteur peut passer tout le temps qu’il veut sur chaque case). J’aimerais à l’avenir faire des films d’animation sur de la musique; là, ça serait très différent de mes bandes dessinées!

Est-ce que tu as dû suivre une formation ou te familiariser avec de nouveaux outils?

J’ai l’immense chance de n’avoir eu qu’à réaliser le film, ce n’est pas moi qui l’anime! J’ai fait les esquisses des poses-clefs, mais tout est refait par la brillante animatrice Janet Perlman. J’aime beaucoup ce qu’elle fait. Elle ajoute un petit grain de folie, une foule de petits détails vraiment amusants, qui rendent le film bien meilleur que si c’était moi qui l’avait animé. Avant que Janet commence à animer le film, je me suis familiarisée avec quelques outils d’animation traditionnelle (j’ai fait des tests d’animation avec du papier et une webcam). J’ai aussi un peu appris à faire du compositing dans After Effects, mais j’ai pas mal tout oublié, haha!

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Quel était ton rapport avec le cinéma d’animation avant d’en faire?

J’adore l’animation depuis que je suis toute petite. Je faisais des films de stop motion avec de la pâte à modeler. J’ai essayé de faire un peu d’animation quand j’étais au secondaire : j’avais essayé de dessiner la transformation de Sailor Saturn! Je n’avais pas de table lumineuse, alors j’ai pris la vitre d’une petite table que je mettais sur mes genoux avec une lampe de chevet en dessous. Je dessinais sur du papier d’imprimante et j’allais filmer ça avec ma vieille caméra à 2-3 images/secondes. J’avais du fun! J’étais pas mal intéressée par l’animation, je connaissais bien l’ONF, je trippais sur Norman McLaren, j’avais même tenté d’aller étudier en dessin animé en sortant du secondaire, mais bon, j’ai coulé le test de dessin, oups! Faque j’ai fait autre chose.

Quels conseils donnerais-tu à un(e) bédéiste qui se lance pour la première fois dans ce genre d’aventure?

Soyez patient. La bande dessinée, c’est long…. mais l’animation, c’est LOOOOOOOOOOOOONG. 😉

 

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Source : Zviane