Ma Moulton et moi | Les artistes sont-ils de piètres parents?

Films

Au printemps de l’année 1965, en Norvège, trois fillettes blondes jalousent les enfants de leur voisinage, tous équipés des bicyclettes les plus récentes. Elles demanderont sans cesse à leurs parents de leur fournir un bolide à deux roues, qu’elles partageront à trois, le compromis prévu présenté comme signe du sérieux de leur démarche. La requête, pourtant simple dans ce contexte donné, s’avérera beaucoup plus difficile à réaliser que ne le croyaient les trois sœurs, unies impatiemment sous le toit de leurs parents, aux cotés de leur grand-mère, d’une moralisante générosité. Il s’agit ici de la prémisse de Ma Moulton et moi, de Torill Kove.

Ma Moulton et moi – (Bande-annonce), Torill Kove, offert par l'Office national du film du Canada

Torill Kove, un bref aperçu

Désormais habituée des nominations aux Oscars, la cinéaste Torill Kove a vu ses courts métrages d’animation Ma Moulton et moi, Ma grand-mère repassait les chemises du roi et Le poète danois être tour à tour nommés aux Oscars, le dernier ayant même remporté les hautes honneurs de l’Académie en 2007, dans la catégorie du Meilleur court métrage d’animation.

Bref, la réalisatrice canadienne d’origine norvégienne sait comment se rapprocher de la statuette dorée, et ça tombe bien, puisqu’elle animera un atelier sur le cinéma d’animation en septembre, où elle présentera Threads (en anglais), un film coproduit par Mikrofilm AS et l’ONF, le tout dans le contexte d’un partenariat entre l’ONF et les Sommets du cinéma d’animation.

Mais revenons sur le titre : les artistes, de mauvais parents?

Image 2 moustache

Ici, la protagoniste principale du court métrage d’animation a un peu honte de son père; sa moustache illustre une fracture nette avec l’esthétisme de son époque, et sa condition médicale l’empêche de participer à l’entraînement militaire auquel sont assujettis tous les jeunes hommes du pays. C’est un excentrique qu’elle aime follement, mais qui semble parfois faillir à son rôle de père. La petite fille se met à jalouser le père des voisins, un homme en forme qui n’hésite pas à se mettre torse nu pour accomplir les différentes tâches physiques qui l’attendent autour de la maison.

Le rapport avec les parents, moustache incluse, ressemble un peu à ceux de Ned Flanders (Les Simpsons) et de ses géniteurs, que tout oppose. Plus sérieusement, la question de parents investis dans leur art est abordée avec beaucoup de nuance et de profondeur dans cette longue entrevue avec Manon Barbeau réalisée par Simon Jodoin au VOIR.

Image 1 tableaux

En quelques sortes, Ma Moulton et moi contribue à illustrer cet éternel retour du balancier que représente la vie familiale. Parfois, on dirait que les parents progressistes vont engendrer des enfants conservateurs et que les bambins élevés dans un contexte de grande liberté chercheront les balises qui étouffent leurs autres camarades de classe.

En stand-up, Chris Rock avait dit « You don’t like gays you’re gonna have a gay son. You don’t like Puerto Ricans your daughter’s gonna come home with Livin la vida loca! »

Image 3 balançoire

En réalité, évidemment, être artiste ne nous condamne pas à élever maladroitement nos enfants. Le court métrage de Torill Kove montre que même les familles les plus heureuses en apparence sont souvent rongées par des crises dont nous ignorons l’ampleur et la nature. Chaque être humain représente une quantité limitée de connaissances et de capacités face aux besoins apparemment illimités des enfants en pleine croissance, en quête de connaissances, d’épanouissement et d’affranchissement. Si ça prend vraiment un village pour élever un enfant, c’est normal que des structures familiales binaires cèdent sous la pression des besoins incalculables de la nouvelle génération.

Dans ce contexte, la conclusion de Kove est particulièrement pertinente; nous pouvons espérer, au mieux, une réussite imparfaite.

3 mini-films en guise de produits dérivés

Vous en voulez plus? Lorsqu’elle avait appris qu’elle serait en nomination aux Oscars en 2015, Torill Kove avait réalisé 3 courts films inspirés de l’histoire de Ma Moulton et moi. Une de ces capsules se déroule même à Noël et est plutôt parfait en cette période des fêtes. Vous pouvez les découvrir dans leur version originale anglaise juste ici :