L’école des océans | Tournage sous-marin en réalité virtuelle

En septembre dernier, Karen s’est rendue dans la baie de Fundy, à l’île de Grand Manan (Nouveau-Brunswick), pour relever tout un défi technique : le tournage en eau libre d’une expérience de réalité virtuelle panoramique. Avant-gardiste, cette composante de l’ambitieux projet éducatif L’école des océans permettra bientôt aux jeunes du Canada et du monde entier d’explorer les fonds marins en classe, comme s’ils y étaient.

Tournage l'école des océans ONF Boris

La réalisatrice nous explique les défis techniques de ce tournage RV/360, mais aussi la façon dont il incite à repenser la réalité virtuelle au sens large. L’école du futur, vous dites?

Entretien avec Karen Vanderborght, coréalisatrice de L’école des océans

Karen Vanderborght réalisatriceTu as récemment pris part au tournage dans la baie de Fundy du premier projet RV/360 sous-marin destiné aux écoles. À quel point pouvais-tu te préparer à cette expérience?

Océans est mon 5e projet RV/360 et il est, de loin, le plus exhaustif. Il y a longtemps, j’avais tourné quelques images sous l’eau dans une piscine, mais en effet, ce n’est rien par rapport à un tournage en eau libre dans le nord de l’océan Atlantique! Comme le budget ne permettait pas de visiter les lieux d’avance, on a vraiment plongé sans savoir à quoi s’attendre. Le tournage a duré 7 jours et on a décidé d’accepter les imprévus comme des défis créatifs.

Est-ce que le résultat sur le terrain a été à la hauteur tes attentes?

Disons que mon coréalisateur [Rohan Fernando] et moi n’étions pas très convaincus d’être capables de filmer des espèces rares dans la soupe verte qu’est l’eau de la baie de Fundy. Finalement, on doit avoir battu le record du nombre d’animaux sauvages et de phénomènes naturels filmés en si peu de temps! Dès le premier jour, on a filmé 2 espèces plusieurs fois.

L’un des scientifiques qui nous accompagnaient nous a confirmé qu’une telle journée idéale ne se présente qu’une fois tous les quatre ans.

Avant notre arrivée, une équipe de National Geographic avait passé trois semaines sans voir une seule baleine franche, tandis qu’on a été témoins d’au moins 20 apparitions ce même jour. Dès notre retour sur Grand Manan, le producteur s’est dépêché d’acheter un billet de loterie!

Quels équipements et technologies ont-ils été employés?

On a utilisé de l’équipement assez simple et polyvalent, pour une production documentaire de terrain. La vidéo simple a été filmée avec des Canon C300, tandis que la vidéo 360 a été tournée avec deux dispositifs dos à dos Kodak PixPro SP360 4K. Concrètement pour moi, ça voulait dire beaucoup de jonglage avec des petites vis et accessoires pour attacher mes caméras sur des bateaux qui basculent dans les vagues.

En postproduction, on combine des logiciels classiques de montage vidéo avec des extensions (plug-ins) spécifiques pour la RV/360, ainsi que des logiciels spéciaux pour le fameux travail de couture (stitching). En plus, on s’aventure dans des plateformes de droits d’auteur en contenu RV/360 qui sont encore en phase d’essai, dont Liquid Cinema. On a exploré la webVR et on a fait des tests dans Unity, qui est en fait un moteur de jeu.

Tournage l'école des océans ONF équipement

Qu’est-ce qui t’a incitée à participer à un projet comme celui-ci?

Il y a plusieurs aspects vraiment excitants : le tournage 360 d’animaux marins, sa composante éducative (l’éducation est charnière dans toute société civile) et, last but not least, la conception d’expériences interactives qui vont au-delà du casque RV. On doit adopter un esprit de R&D en nouvelles technologies et construction narrative.

En quoi L’école des océans exige-t-elle de repenser notre utilisation de la réalité virtuelle?

Il faut penser la RV comme une activité collaborative, ce qui est extrêmement rare comme concept dans la majorité des productions RV, sauf pour quelques jeux. Je m’inspire surtout du design de jeux, dans le sens le plus basique : je veux créer un moment d’interaction unique qui va chercher la curiosité et l’engagement actifs des participants, une expérience mémorable et magique. Comment construire un pont, un lien de communication entre l’univers virtuel dans le casque et le monde autour? Comment inspirer l’engagement réel chez les jeunes?

L’analogie qui me guide, c’est l’histoire du Petit Prince. Je veux éveiller un sens de découverte et d’exploration chez les jeunes grâce aux expériences RV. Par l’émerveillement, j’espère faire comprendre l’importance des océans pour la survie de notre planète bleue.

Tournage l'école des océans ONF baleine

Est-ce qu’il y a de fausses croyances sur ce type de tournage que tu aimerais démystifier?

La vidéo 360 n’est pas si « extraterrestre » qu’on pourrait le craindre! Il y a beaucoup de stratégies qu’on peut emprunter du documentaire ou du film classique, mais il faut oser prendre des risques. Faire des erreurs fait partie du jeu. Même le processus de coller les images ensemble n’est pas la fin de monde. Tant qu’on se met dans l’esprit « effets visuels », c’est-à-dire qu’un tournage 360 demande l’attention et le temps d’un projet de trucage ou effets visuels.

Si on aime les défis et imprévus liés à toute création audiovisuelle avant-gardiste, la RV/360 est une belle place en ce moment! C’est un moment dans son histoire où il y a une ouverture pour une certaine liberté artistique. Si les exploits des grands explorateurs te font encore rêver, tu as l’occasion d’en vivre dans la création de la réalité virtuelle.