Une journée dans la vie heureuse de Léopold Z

Noël approche. Enfin! diront certains. Déjà! soupireront d’autres. Pour vous réconcilier avec l’esprit des Fêtes ou pour attiser vos convoitises de cadeaux, je vous propose un film de Noël. Une histoire qui se déroule à Montréal, un 24 décembre, à une époque où les chutes de neiges se comptaient en pouces, les degrés en Fahrenheit, les distances en mille, où les voitures étaient longues comme des bateaux et le boulevard René-Lévesque s’appelait Dorchester.

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Cette histoire, c’est celle de Léopold Z. Tremblay, d.s.c. (déneigeur sous contrat). La veille de Noël, alors qu’une tempête fait rage sur la « cité » de Montréal, Léo a mille et une choses à faire avant la messe de minuit; au grand dam d’ailleurs de son « surintendant » et ami Théo, qui voudrait bien le voir faire ce qu’un déneigeur doit faire un jour de tempête, déneiger! Mais Léo n’a pas le temps. Il doit acheter des patins pour son fils, du parfum et une surprise pour sa femme – un manteau en pattes de vison, le vison au complet n’étant pas abordable – et quérir à la gare centrale sa belle-sœur Josette, dite Josita, chanteuse de cabaret à la beauté envoûtante, de retour d’une tournée triomphale dans le Sud, venue chanter à Montréal du folklore québécois sous des airs de jazz, de twist, de samba et de bossa nova!

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La vie heureuse de Léopold Z (1965) de Gilles Carle est un film charmant. Porté par l’extraordinaire talent du comédien Guy L’Écuyer dans le rôle de Léo, un déneigeur sous contrat à la bonhomie attachante – un personnage qui marquera notre cinématographie, secondé par l’excellent Paul Hébert dans le rôle de Théo, son patron et ami, le film connait un succès retentissant dès sa sortie en novembre 1965. Le film de Carle est truffé de petites trouvailles ingénieuses, d’une narration hilarante et de dialogues savoureux. Mes préférés : « Léo a payé sa maison 11 600 $; un avocat l’ayant assuré que la route transcanada passerait un jour sur son terrain. La route passe aujourd’hui sur le terrain de l’avocat, 3 milles et demi plus loin! ». Ou encore : « À 32 ans, Léo se demande pourquoi son crédit est toujours épuisé alors que c’est lui qui travaille tellement! ». Il faut voir aussi la scène où Théo met en garde son ami Léo contre les dangers de se laisser dominer par sa femme. Une pièce d’anthologie, où les personnages historiques de Madame Bovary, Madame de Pompadour et Cléopâtre serviront d’argument à Théo!

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On a souvent répété que le projet de La vie heureuse de Léopold Z en était d’abord un de court métrage documentaire sur le déneigement à Montréal. Rien de plus faux! Il n’a jamais été question de documentaire, mais de court métrage de fiction sur le thème de l’hiver. Le film devait faire partie d’une série de quatre courts films de fiction intitulée L’hiver et destinée à la télévision. C’est le producteur Jacques Bobet qui en a l’idée en août 1963, à la suite d’une conversation avec des cinéastes étrangers en visite à l’ONF, lesquels reprochaient aux réalisateurs d’ici de ne pas assez montrer l’hiver canadien dans leurs films. Grâce au soutien de Bobet et à la ténacité de trois cinéastes, trois idées de courts métrages de fiction deviendront trois longs métrages : Le chat dans le sac (1964) de Gilles Groulx, La neige a fondu sur la Manicouagan (1965) d’Arthur Lamothe et La vie heureuse de Léopold Z.

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Qu’importe sa genèse, La vie heureuse de Léopold Z est un film à voir et à revoir. Premier long métrage d’un cinéaste de grand talent, qui a fait ses débuts comme scénariste et réalisateur à l’ONF, et dont les longs métrages subséquents connaîtront un succès international et feront de lui un des plus importants cinéastes canadiens.

La vie heureuse de Léopold Z, Gilles Carle, offert par l'Office national du film du Canada