Découvrez les 4 derniers haïkus interactifs de la série présentés par leurs créateurs

Interactif

À une époque où tout va de plus en plus vite, l’ONF et ARTE ont lancé il y a 9 mois un défi aux créateurs du numérique : repousser les frontières de la narration interactive en produisant une œuvre très très courte (maximum 60 secondes), qui apporte une vision différente du monde. L’idée était de s’inspirer des haïkus et d’en faire des versions numérique, afin d’explorer une autre facette du Web, celle des mèmes (voir notre projet Mythes 2.0.), des vines et autres expériences de consommation rapide qui peuplent l’univers en ligne.

Après trois mois de délibérations, le jury international a sélectionné 12 gagnants parmi les 162 projets reçus.

Durant tout mois d’avril, nous sommes allées à la rencontre des créateurs pour en savoir plus sur les prémisses qui ont mené à la création de ces bijoux d’interactivité. Hélas, toute bonne chose a une fin. Nous vous partageons les quatre derniers haïkus interactifs de la série, accompagnés des notes éclairantes de leurs créateurs. Pour revoir les anciens billets, cliquez ici, ici ou ici, et lisez le billet de la talentueuse Valérie Darveau qui fait un retour sur ce projet fascinant.

PHI (France)

par Charles Ayat, Mathias Desloges, Colleen, Marie Blondiaux (Red Corner)

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Découvrez la vraie nature des images en parcourant PHI, un superbe haïku interactif qui vous en mettra plein la vue.

Nous sommes entourés d’images statiques, parfois presque hermétiques, qui passent devant nos yeux sans que l’on s’en aperçoive. Mais que se passerait-il si nous pouvions les activer, explorer leur vraie nature? « Phi », symbole utilisé depuis l’Antiquité pour le nombre d’or, propose d’explorer cette vie cachée des images : pour chaque visuel, l’internaute doit suivre un tracé interactif pour « activer » l’image, afin qu’elle devienne un véritable « philme ».

Voici ce que les créateurs en disent :

« Comme un haïku, PHI ne raconte pas d’histoire à proprement parler, mais évoque des gestes, des mouvements courts, qui prennent un sens plus profond si on leur accorde vraiment de l’attention. Le projet interroge notre perception des images animées en plaçant le spectateur à la source d’une mécanique que nous considérons comme évidente : le défilement de 24 images par seconde. Rendre ce processus interactif revient sûrement à retrouver la magie des débuts de l’image animée.

Les images choisies sont issues de ces nouvelles captations qui permettent à l’œil de saisir des réalités imperceptibles : des slow-motions et time-lapses pour ce qui est de la temporalité, macroscopique et télescopique pour la spatialité ; autant de moyens comme le haïku de saisir le rythme du monde par le détail ou l’infiniment grand. »

Le marcheur de saison (France)

par Théo Le Du Fuentes a.k.a Cosmografik, Nicolas Martin, Barbara Govin, Arnaud Colinart (Ex Nihilo)

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C’est la saison des pluies, des vendanges, des amours, des frimas. Avancez à petits pas, c’est la seule façon d’apprécier le paysage. Votre promenade débute ici.

Anti-course contre la montre imaginée par Cosmografik, le créateur de « Type : Rider ». Ce projet vous invite dans la pure tradition des haïkus classiques du maître Basho à déambuler dans un paysage qui change sous vos yeux, en fonction des saisons. Pour avancer, pressez les touches de votre clavier ou, sur mobile, avancez avec vos doigts! Mais attention! N’allez pas trop vite, car vous serez renvoyé à la case de départ de ce jeu qui vous invite avant tout à la contemplation.

Voici quelques mots provenant de l’un de ses créateurs :

« Le marcheur de saison s’inspire de la philosophie de vie du moine japonais Basho, l’inventeur des haïkus. Ce moine a parcouru le Japon à la recherche d’inspiration pour écrire ses courts poèmes. Un de ses textes m’a particulièrement inspiré pour réaliser mon projet. Il dit : « Chaque jour en voyage, faire du voyage sa demeure ».

J’ai voulu raconter son parcours, tout au long d’une année, de saisons en saison. Je me suis inspiré des estampes japonaises et j’ai demandé à l’illustratrice Barbara Govin de traduire cette vision en images. J’ai aussi voulu transmettre l’idée de « surgissement de l’inattendu » qui constitue l’essence d’un haïku. J’ai essayé de montrer qu’une simple promenade peut permettre de découvrir une beauté insoupçonnée qui devient visible, si on prend le temps d’observer. En ce sens, c’est un projet qui rejoint un peu celui de Vincent Morisset, Jusqu’ici. Ce n’est pas le but qui est important, c’est le chemin parcouru. »

Grand bruit (Canada)

par Étienne Desprès, Marc Larivière, Martin Rodriguez et Simon Emmanuel Roux

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Au village de Grand bruit, chaque ondulation de votre voix laisse une empreinte. Quelle trace voulez-vous laisser derrière? Découvrez  cette expérience interactive poétique, vocale et graphique sur les traces que nous tentons de laisser derrière nous. Cliquez ici.

« Grand Bruit est un hommage à l’évanescence des choses et au refus de disparaître. Nous avons abordé sous différents angles cette difficile prise de conscience de l’éphémérité de notre voix, de notre apparence et du monde qui nous entoure. Le village de Grand Bruit, abandonné en 2010, nous a semblé un témoin particulièrement touchant de cette réalité, ce qui en fait le fond narratif.

À plusieurs égards le projet est une expérimentation formelle où nous avons tenté de conserver les éléments essentiels d’un haïku. Le travail sur la temporalité ; l’utilisation d’images évocatrices et colorées ; la capacité à faire la lecture rapidement et une fin qui constitue à la fois une résolution et un retour à l’origine. De façon plus large, plutôt que de figer des mots, Grand Bruit fige un temps dans lequel s’articule un vocabulaire changeant.

Nous avons choisi très tôt dans le projet d’utiliser la voix comme moteur d’interaction. Loin de penser repousser les limites de l’interactivité, notre objectif était d’arriver à générer en moins de soixante secondes l’émerveillement, l’attachement et le trouble. Nous avons ainsi épuré le concept et les interactions possibles pour en arriver à ce qui nous a semblé l’expression la plus simple de ces émotions, le voix, le cri et les traces évanescentes qu’ils laissent sur le monde.

Yogacara (Japon)

par Yuichi Minamiguchi, Ayumi Yoshioka, Jun Nakawatari et Masahiko Otake

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Ne bougez plus, relaxez et contemplez ce qui se trouve devant vous. Alors seulement, pourrez-vous vivre votre haïku. Cliquez ici pour commencer.

« Yogacara est un hommage cinématographique au poète Basho. Nous nous sommes demandés :  s’il était vivant, comment verrait-il et ressentirait-t-il le monde qui l’entoure? Pour se rapprocher de son esprit, nous sommes donc retournés sur des lieux qui auraient pu l’inspirer. Sur place, plutôt que d’illustrer un de ses poèmes, nous avons voulu transposer en images le moment d’un haïku lorsqu’il survient. Filmer ce que Basho aurait vu lors de la création d’un haïku.

C’est pourquoi nous avons appelé notre projet Yogacara, une philosophie bouddhiste qui signifie que l’expérience humaine est façonnée par l’esprit, ou en d’autres mots, que la perception est influencée par ce qui se trouve à l’intérieur de chaque personne. Pour écrire un haïku, il est nécessaire de faire face à son environnement et d’en extraire une histoire. Ensuite, il est important d’en traduire la sensation. La capacité de voir au-delà de la réalité dépend entièrement de ce que la personne arrive à ressentir. En ce sens, on peut dire que le haïku exprime l’intérieur d’un poète. »