Ciné-vendredi | Sortir de sa zone de confort avec le cinéma : OK…Caméra

Cette semaine au Ciné-vendredi, Jolène Lessard, adjointe à la mise en marché, vous présente son coup de cœur de la collection : OK…Caméra de Michael Rubbo, récemment ajouté sur ONF.ca.

J’ai un trait de personnalité vraiment hors du commun (not!) : la nouveauté m’effraie un peu. J’ai peur d’être déboussolée, de me heurter à des formes invisibles parce qu’encore inconnues. Je chéris le familier, parfois en frisant l’obsession des mêmes choses, des rappels, du terrain connu. Je peux facilement regarder en boucle des émissions qui ne valent probablement pas plus qu’une seule écoute, et encore. Je fixe sur des livres que j’ai lus mille fois déjà et je les relis.

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Je sais pourtant que la monoculture n’enrichit rien, surtout pas les idées. C’est pourquoi je suis presque toujours au bord de l’applaudissement nerveux quand je me retrouve face à quelque chose dont j’ignorais l’existence quelques moments auparavant ; malgré mon inconfort, la bousculade, l’éveil forcé de mes synapses, je sais que c’est pas pire une bonne affaire d’être ainsi confrontée. J’ai donc un réel besoin d’aller vers la nouveauté, mais, comme tout exercice,  ce n’est pas facile de sortir de sa zone de confort.

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Willie Lamothe

Une chose qui aide à s’aventurer hors de sa tanière est d’y être guidée à la lanterne par un élément connu. Dans le cas présent, ma lanterne s’appelle Michael Rubbo, assez drôlement un grand symbole personnel des concepts d’aventurier, de mystérieux et d’exploration. Si jamais ce nom vous échappe, sachez que c’est le cinéaste australien, scénariste et réalisateur de deux classiques des fabuleux Contes pour tous, deux odes à la découverte et aux sentiers pas encore défrichés : Opération beurre de pinottes et  Les aventuriers du timbre perdu. Quand j’ai vu son nom parmi le nombre quasi infini des collaborateurs à la collection onéfienne, je me suis aussitôt sentie en sécurité et prête à grimper sur un timbre pour atterrir n’importe où. Finalement, je suis atterrie au Québec des années 1970. Ce n’est pas très loin, mais c’est fou comme notre propre histoire collective peut nous être inconnue, surtout lorsqu’elle est survenue avant notre naissance.

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Geneviève Bujold

Catherine Perreault a déjà écrit un billet au sujet de la série télévisée Adieu Alouette (que vous pouvez lire ici), dont Rubbo a réalisé un des épisodes : OK…..Caméra. Cette série cadre parfaitement dans l’esprit d’une thématique de la rencontre avec l’autre, puisqu’elle avait pour objectif de faire découvrir des aspects de la culture québécoise à nos voisins anglophones du ROC. (On pourra la médire comme on voudra, la télévision demeure une excellente citadelle pour les rencontres avec l’inattendu, puisqu’elle nous présente des idées nouvelles à même la zone de confort absolu du divan.)

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Michel Brault

Par l’entremise du cinéaste australien, OK…..Caméra aborde l’industrie cinématographique et nous fait visiter les coulisses des tournages de Kamouraska de Claude Jutra et de La mort d’un bûcheron de Gilles Carle. Il comporte des bribes d’entrevues avec les deux réalisateurs et avec leurs acteurs, de Geneviève Bujold à Willie Lamothe, en passant par Denise Filiatrault, et d’autres têtes connues (dont un Denys Arcand flamboyant à Cannes), et nous présente des quidams francophones exprimant leur opinion en anglais du cinéma fait au Québec. Tout ça déboulant dans un 27 minutes rondement ficelées.

OK … Caméra, Michael Rubbo, offert par l'Office national du film du Canada

Quelques moments du court documentaire OK…Camera me sont restés en tête, les voici :

  • “Gilles Carle called me at Miami Beach” – Willie Lamothe
  • “I’m trying to go deeper and deeper, but I’m afraid that this will be too real.” -Gilles Carle (car quand on creuse même le connu, on peut tomber dans l’inconnu.)
  • “We’re your neighbours from Quebec, des tatas pis des bobecs” – Robert Charlebois (si quelqu’un connait l’origine, ou même l’épellation exacte de bobec, veuillez s.v.p. l’écrire dans les commentaires. Je suis curieuse. Des bohèmes québécois?)
  • Un passant en réponse à la présumée question de ce qu’il a apprécié du film québécois qu’il avait vu : “when i went outside, i had something in my head.” (un point pour le cinéma substantiel!)
  • “I think it’s most important that we go and see what our boys can do” (“our boys”… on a fait un peu de chemin depuis les années 1970, sur certains fronts, quand même! C’est rassurant le changement qui va dans une meilleure direction.)
  • “It proves in a certain way that the feature film… it’s a business” superposé au carton indiquant “Cinéma is also an art…” (petite pointe de Rubbo au cinéma commercial?)

Bon cinéma!

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Denys Arcand circa 1970