6 questions à Mathieu Pichette, porte-parole de Ta parole est en jeu

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Il existerait deux interprétations du terme Franco-Ontariens. La première associe les Franco-Ontariens aux Canadiens français nés en Ontario, quelle que soit leur maîtrise du français, alors que la seconde inclut tous les Francophones de l’Ontario, quelle que soit leur origine géographique, ethnique ou linguistique.

Contrairement aux musiciennes Alanis Morrisette et Avril Lavigne, deux Franco-Ontariennes selon la première définition qui travaillent uniquement en anglais aujourd’hui, Mathieu Pichette, animateur de l’émission Le monde en gros à Radio-Canada et porte-parole du projet Ta parole est en jeu, fait partie de la seconde définition. Né à Charlesbourg, au Québec, il a vécu dans la Belle Province jusqu’à l’âge de 6 ans avant de déménager à Sudbury, en Ontario. Il est donc un Québécois de souche et un Franco-Ontarien d’adoption.

Le comédien, réalisateur et scénariste s’est fait connaître en animant l’émission Volt, diffusée sur les ondes de TFO entre 1998 et 2002, pour ensuite devenir animateur et réalisateur de l’émission La revanche des nerdz à Ztélé. Il a aussi été chroniqueur en 2003 à La grande virée de Télé-Québec, animée par Geneviève Borne, avant de proposer le projet d’émission Les pieds dans la marge à Radio-Canada avec les mêmes complices avec qui il anime et réalise aujourd’hui Le monde en gros, diffusé également à Radio-Canada.

Mathieu Pichette

1- Comment vis-tu ton statut de Franco-Ontarien?

Très bien. Je poursuis le combat à distance depuis que j’habite maintenant au Québec pour le travail. Au cours des dernières années, beaucoup de Franco-Ontariens ont fait bonne figure dans les médias. Il n’y a pas si longtemps, plusieurs gens avec qui je travaillais à Volt, en Ontario, se sont retrouvés au gala des Prix Gémeau la même année. C’était l’invasion! Tout le monde passait le commentaire : « Un autre Franco-Ontarien? On est en train de se faire envahir! » Blague à part, il est important pour les jeunes d’avoir des modèles à suivre, de voir qu’il y a des gens qui réussissent, surtout lorsqu’on est issu d’une minorité. Ce n’est pas évident de réaliser de grands projets lorsqu’on vient d’un petit milieu. C’est vrai pour tous les groupes minoritaires, pas juste les minorités francophones. Je suis fier de pouvoir servir de modèle de réussite pour les Franco-Ontariens. C’est une chose agréable que d’appartenir à la « Franco-Ontarie »!

Un projet comme Ta parole est en jeu fait partie des efforts importants pour encourager le sentiment d’appartenance entre les communautés francophones du pays. Quand tu vis en situation minoritaire, toutes les petites choses qui viennent te donner le goût de t’identifier et de vivre en français sont importantes. C’est grâce à ces initiatives qu’on réussit à garder la communauté en vie.

2- Comment as-tu commencé à faire de la télévision?

J’ai toujours été très ambitieux. Plus jeune, ma naïveté et mon ambition m’ont servi. À 14 ans, j’ai remporté un concours de français et j’ai été invité à l’émission Nous les étoiles du français à la télévision communautaire de Sudbury, à TV7. Ça m’a donné le goût de faire de la télé. Au même moment, j’ai appris que tout le monde avait le droit de proposer un projet à la télévision communautaire. J’ai donc rassemblé mes amis et on a mis sur pieds notre première émission. Disons que notre style d’animation n’était pas à point au départ, mais on avait tout de même du talent. Du talent qui avait besoin de polissage!

Ensuite, on a décidé d’aller proposer en groupe un projet d’émission d’humour à TFO, qui s’appelait Télé-Ontario à l’époque. On a approché Pierre Touchette, qui était directeur des programmes à ce moment-là. Nous nous sommes pointés à son bureau sans rendez-vous. Par chance, il était là et il a accepté de nous rencontrer. Il n’a pas approuvé notre projet, mais il nous a tout de même offert deux émissions spéciales. Cette opportunité nous a donné de la visibilité. Par la suite, on a été invité à enregistrer des capsules d’humour pour Imagine, une émission de radio de Radio-Canada . Ce fut le début d’une belle aventure, qui se poursuit aujourd’hui.

3- As-tu déjà été victime d’intimidation ou de discrimination en tant que Franco-Ontarien?

Ça m’est arrivé à l’occasion, mais ce n’était pas du racisme en tant que tel. C’était plus sournois comme intimidation. Quand t’as 13 ans et qu’on juge tes origines, ça vient te chercher. C’est comme si l’on attaquait ta famille. C’est ton identité qui est attaquée. Tu le prends personnel.

Heureusement, je faisais partie d’un groupe d’amis francophones qui s’assumaient pleinement. On parlait toujours en français. Ça dérangeait. Une fois, on s’est même fait crier : « Speak English. This is Canada ».

Lorsque Volt était en ondes, on a reçu quelques plaintes, autant d’Anglophones que de Francophones. À l’époque, nous étions en pleine campagne électorale en Ontario. Il y avait un parti qui s’appelait le Confederation of Regions Party of Canada (CoR). C’était un parti « antifrancophones », qui voulait abolir le droit de travailler en français et faire de l’anglais la seule langue officielle au pays. On s’amusait à faire des annonces anti-CoR à l’émission. Les Francophones n’aimaient pas cela parce qu’on brassait des sujets dérangeants. On a fini par perdre l’émission. C’est dommage. Ce n’est pas en restant silencieux que nous allons défendre nos droits.

4- As-tu déjà été qualifié de Québécois par des Ontariens anglophones?

Comme l’expression le dit : nul n’est prophète dans son pays. En Ontario, les gens me croient québécois, alors qu’au Québec, on me trouve franco-ontarien. Ceci étant dit, j’ai toujours eu à cœur la cause franco-ontarienne.

Avec Volt, l’idée était de réaliser une émission que les gens allaient écouter en français. Nous avions carte blanche de la part de TFO. L’émission était vraiment flyée et expérimentale. Même les Anglophones nous écoutaient.

J’ai travaillé sur cette émission pendant 7 ans avec Jean-Sébastien (Busque) et 3 ans avec Félix (Tanguay). On continue de collaborer avec Les pieds dans la marge et Le monde en gros.

5- Pourquoi as-tu accepté d’être le porte-parole de Ta parole est en jeu? Qu’est-ce qui te plaît dans ce projet?

Ta parole est en jeu suit un principe important, celui du divertissement. L’ONF a compris qu’à 13-18 ans, les jeunes passent leur temps sur Internet à regarder des vidéos drôles et d’autres niaiseries divertissantes. Quand tu lances un projet sur le Web, tu sais que tu vas te battre contre ça. Même si c’est un projet éducatif, il faut savoir offrir une plateforme avec des jeux interactifs amusants et des vidéos humoristiques. L’apprentissage passe d’abord par le plaisir. L’objectif principal de Ta parole est en jeu est justement de plaire aux jeunes.

6- Selon toi, que pouvons-nous apprendre en participant à Ta parole est en jeu?

Le projet est une bonne manière de se sensibiliser à la question de la langue. L’Internet sert à connecter les gens entre eux. Ce n’est pas pour rien que des vidéos comme Gangnam Style deviennent virales même si elles sont faites en Corée du Sud. Sur la toile, toutes les cultures se rencontrent.

Il est important que la communauté francophone internationale prenne sa place, autant dans la vie réelle que sur le Web. Il faut le faire maintenant, sinon on risque de ne plus exister dans 20 ans.

En participant à Ta parole est en jeu, j’ai moi-même pris conscience du grand nombre de communautés francophones qui existent à travers le Canada. J’ai aussi aimé les différentes expressions de la langue française et tout l’aspect géographique. Moi qui suis nul en géographie, ce fut un excellent exercice. Disons que j’ai plus de facilité à associer les villes canadiennes à leur équipe de hockey qu’à leur province!

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Suivez Mathieu Pichette sur Twitter : @Matpichette

Jouez à des jeux interactifs et regardez des films d’animation gratuits en participant à Ta parole est en jeu.

Crédit photo : Mathieu Pichette photogtraphié par Laurence Labat