Paule Baillargeon reçoit le prix Jutra-Hommage 2012

Films

Le 11 mars prochain, à l’occasion de la 14e soirée des Jutra, Paule Baillargeon recevra le prix Jutra-Hommage afin de souligner l’excellence de sa carrière de comédienne et de cinéaste. Récipiendaire du prix Albert-Tessier en 2009, la plus haute distinction dans le domaine du cinéma au Québec, Paule Baillargeon a joué dans plus d’une trentaine de films. Elle aura été interprète pour Denys Arcand, Gilles Groulx, Denis Villeneuve, Anne Claire Poirier, Léa Pool et Patricia Rozema, pour ne nommer que ceux-là. Cinéaste et scénariste, elle a écrit et réalisé plusieurs fictions et documentaires, dont Trente tableaux, son plus récent film (voir le billet Trente tableaux dans la vie de Paule Baillargeon), qui sortira en salle le 23 mars 2012 (au cinéma Excentris à Montréal et au Clap à Québec).

La carrière de Paule Baillargeon est marquée par l’audace et l’engagement. Ces qualités se manifestent dès ses débuts, alors qu’elle est étudiante à L’École nationale de théâtre. Devant un enseignement sclérosé, une vision du théâtre coincée par les conventions, les schémas préfabriqués, Paule Baillargeon claque la porte de l’École. En 1969, elle participe à la création, avec Suzanne Garceau, Raymond Cloutier, Claude Laroche, Guy Thauvette et Jocelyn Bérubé, de la troupe de théâtre Le grand cirque ordinaire. Animés par la volonté de se libérer d’un théâtre qui ne leur ressemble pas, d’inventer un nouveau théâtre, plus libre, basé sur la créativité et la sensibilité de l’acteur, les membres du Grand cirque vont présenter, de 1969 à 1978, neuf spectacles partout au Québec, qui, sans conteste, marqueront l’histoire du théâtre québécois.

Son engagement et son audace s’expriment également dans le choix de ses rôles. On pense à son premier rôle au cinéma dans Entre tu et vous (1969) de Gilles Groux, une dénonciation féroce de la société de consommation à travers l’histoire de la dissolution d’un couple; Réjeanne Padovani (1973) de Denys Arcand, qui dénonce les accointances entre la mafia et le politique; Panique (1977) de Jean-Claude Lord, qui traite de pollution de l’eau potable par les grandes industries; Vie d’ange (1979) de Pierre Harel, qu’elle retrouve dix ans après Entre tu et vous et avec qui elle scénarise le film.  Mais son véritable engagement, Paule Baillargeon le trouve dans le féminisme et dans un thème corollaire, le rapport entre les hommes et les femmes. Mais cette fois, c’est en tant que réalisatrice. Deux films phares : Anastasie oh ma chérie (1977) et La cuisine rouge (1979), dont la sortie provoque une réaction violente tant de la part du public que de la critique. La secousse est si forte que la cinéaste dira plus tard dans Trente tableaux (2011) qu’après La cuisine rouge on lui a permis de faire des films mais pas du cinéma. Voulant dire ainsi qu’on ne lui permettrait plus de faire ses films, mais des films.

En 1986, elle réalise le film de fiction Sonia, une commande de l’ONF sur la maladie d’Alzheimer. Elle en fait un film personnel et sensible, dans lequel elle tient le rôle de la fille de la femme atteinte de la maladie, interprétée par Kim Yaroshevskaya. Au cours des années 1980, elle tourne dans plusieurs films, dont La femme de l’hôtel (1984) de Lea Pool, La dame en couleurs (1984), le dernier film de Claude Jutra, Trois pommes à côté du sommeil (1988) de Jacques Leduc et Jésus de Montréal (1989) de Denys Arcand. Dans les années 1990, elle signe la réalisation de trois films : Solo (1991), Le complexe d’Édith (1991) et Le sexe des étoiles (1993). Elle scénarise également le court métrage réalisé par Denys Arcand dans Montréal vu par… (1991), un film à sketchs, coréalisé par Lea Pool, Michel Brault, Atom Egoyan, Jacques Leduc, Patricia Rozema et Denys Arcand.

Dans les années 2000, elle s’attaque à un genre qu’elle n’avait jamais abordé auparavant, le documentaire. En 2002, elle réalise Claude Jutra, portrait sur film, un portrait riche et sensible du célèbre cinéaste. Le tournage et la postproduction du film sont difficiles (voir le billet de blogue Claude Jutra, portrait sur film), mais la cinéaste réussit à imposer sa marque et à faire du film un documentaire personnel. Claude Jutra, portrait sur film récolte six prix dont un prix Gémeaux et un prix Gemini pour la meilleure biographie ou portrait documentaire. Portée par ce succès, Paule Baillargeon réalise un autre portrait documentaire sur un artiste d’exception, Le petit Jean-Pierre, le grand Perreault (2004), sur le chorégraphe Jean-Pierre Perreault. En 2007, elle participe à l’expérience de Un cri au bonheur, où 11 cinéastes mettent en images 21 poèmes sur l’amour. En 2011, elle livre son dernier opus à ce jour, avec tout l’engagement et l’audace qu’on lui connaît Trente tableaux, où après plus de 40 ans de carrière, la comédienne, scénariste et cinéaste retrace le parcours de sa vie et se livre sans détour ni pudeur.

En attendant la soirée des Jutra, je vous recommande deux films de Paule Baillargeon disponibles sur ONF.ca, Sonia (1986) et Claude Jutra, portrait sur film (2002).

Sonia, Paule Baillargeon, offert par l'Office national du film du Canada

Claude Jutra, portrait sur film, Paule Baillargeon, offert par l'Office national du film du Canada